De retour de 15 jours de vacances…pas de tout repos mais un voyage inoubliable au cœur du Rajasthan et dans la ville spirituelle de l’Inde, j’ai bien-sûr nommé Varanasi, plus connue sous le nom de Bénares. C’était mes premières vacances depuis mon arrivée à New Delhi, je dois dire que ça m’a fait un bien fou de déconnecter du travail, et aussi mes premières vacances en compagnie d’Anne-Sylvaine, amie journaliste de France rencontrée à Houston lors d’un reportage sur Enron, la faillite qui ébranla l’Amérique et d’Enron, pour reprendre le titre du livre qu’elle a co-écrit. Je la remercie encore d’avoir bien voulu être la première à me rendre visite pour découvrir ensemble les richesses de ce pays. J’espère que d’autres suivront vite l’exemple de cette grande voyageuse. Ne soyez pas frileux. Les parfois difficiles conditions de voyage sont largement compensées par la beauté des paysages et les captivantes histoires de lutte entre Rajputs et Moghols: les somptueux palais et forts vous font respectivement rêver la nuit d’être un maharadjah ou un guerrier rajput.
Première étape, Jaisalmer que l’on a rejoint après une vingtaine d’heure de train de nuit. Plantée au milieu du désert de Thar, non, la forteresse qui surplombe la ville n’est pas un mirage. C’est un véritable havre de paix car son éloignement fait qu’il n’y avait pas beaucoup de touristes à s’aventurer jusqu’ici et sa petite taille la rend très intime. On logeait dans une haveli de la forteresse avec une vue splendide sur les remparts et le désert. Pour la petite histoire, Jaisalmer s’est développée grâce au commerce d’épices et d’opium entre l’Inde et l’Asie centrale mais qui a pris fin lors de la partition entre l’Inde et le Pakistan. Jaisalmer, c’est aussi des rencontres : Manish, le bel étalon indien, businessman de textiles vers l’Italie, redoutable dragueur à l’italienne et qui rêve de rencontrer une européenne, hein AS ?!!! C’est aussi la rencontre de Rose, anglaise, partie depuis plus d’1 an en Australie et Nouvelle-Zélande mais complètement paumée, on l’a surnommé « I forgot » eu égard aux réponses qu’elle donnait à nos questions !! Il y a eu aussi Mc Cormack, Irlandais, en partance pour 1 an de tour du monde et qui faisait sa première escale en Inde, sympa et que l’on a aussi retrouvé à Jodhpur mais mon verdict: pas encore paumé!! J’allais oublier Bert, l’autrichien, proche de péter un plomb, va t’il survivre en Inde? Il y avait aussi ce couple de français, au chômage, l’Inde était donc la destination cheap qui leur permettait de partir plus 2 ou 3 mois. Je ne sais pas si c’est particulier aux français mais ils étaient empreints de certitudes sur l’Inde, à mon sens, injustifiées : déconcertant. Sur le quai de la gare, nous avons aussi rencontré un indien, footballeur dans l’armée, originaire de l’Etat de Manipur dans le Nord-Est de l’Inde donc très typé chinois et rigolo avec son cheveu sur la langue.
Deuxième escale, Jodhpur, beaucoup de personnes semblaient déçus par cette ville, on a été agréablement surpris. Il faut dire qu’en arrivant à 5h du mat par le train de nuit, on ne s’est pas trop fait embêter par les rabatteurs. Surtout, on a pu découvrir en ville, une fabrication de bonbons dans la plus pure tradition et on a aussi été accueilli dans une maison où la famille était plus qu’heureuse d’être prise en photo avec nous : il ne reste plus qu’à leur envoyer les photos !C’est d’ailleurs un de leur hobby favori : sur l’ensemble du voyage, environ 5/6 photos à envoyer. La visite du Fort de Merhrangarh est obligatoire : outre les infos intéressantes du guide audio, la vue sur la ville bleue est splendide. Pourquoi les maisons sont-elles bleues me direz-vous !! Traditionnellement, elle permettait de reconnaître les maisons des brahmanes. Aujourd’hui, puisque les castes n’existent plus (en théorie !!), la couleur est paraît-il plus rafraîchissante et c vrai qu’il fait chaud dans le Rajasthan !! Et surtout, elle chasserait les moustiques…Pour ceux qui redoutent les moustiques en France, je n’ai qu’un seul conseil : A vos pinceaux !!
Troisième étape, départ en voiture, avec notre chauffeur qui pue des pieds !!, de Jodhpur pour rejoindre Udaipur, la ville blanche. Après s’être vu mourir 3 ou 4 fois pendant le trajet, nous visiterons le plus grand temple Jain d’Inde à Ranakpur (de belles sculptures mais c’est tout. Pour info, le Jainisme est une religion qui prône la non violence, une de leurs règles est de ne tuer aucun être vivant, pas même une fourmi, pas facile, certains balaieraient devant eux !!) et le fort de Kumbhalgarh (alors là, on doit avouer qu’après une balade dans la campagne à regarder les paysans battre le foin, les buffles tourner les roues des puits, tomber devant cette forteresse nous a littéralement impressionné. Gigantesque est le mot adéquate. C’est d’ailleurs la deuxième plus grande forteresse après celle de Chittorgarh).
Udaipur, la ville blanche. C’est LA ville romantique en Inde. C’est vrai que les petites rues la rendent charmante et c’est très paisible. Dommage que le lac Pichola soit asséché car, pour sûr, voir le Lake Palace Hôtel immergé au milieu de ce lac doit être magnifique mais c’est quand-même très joli. Cette escale est fort bien tombée pour nous reposer un peu car mine de rien, avec la chaleur, les trajets et visites sont rapidement épuisantes. On s’est aussi fait plaisir en allant dîner dans un très beau palais, Shiv Viwas Palace Hotel. Assez drôle, la plupart des bars et restaurants diffusent à 19h pétante le film Octopussy car certaines scène ont été tournées ici-même. Notre grande chance aura été d’être dans cette ville au moment du Festival de Gangaur : un superbe spectacle de couleurs où femmes mariés et jeunes filles, habillées de leurs plus beaux saris, vénèrent la déesse Parvati, les premières priant pour une belle vie conjugale et les secondes pour trouver un mari. A noter que AS n'a pas beaucoup apprécié l'architecture du City Palace mais son approche photographique de ce palace, assez originale, mérite prochainement la première expo sur ce blog de l'Art Sylvainien!!
Après moultes tergiversations sur notre prochaine destination, l’absence de train au départ d’Udaipur nous oblige à aller à Chittorgarh en bus. Et ce sera une belle surprise, simplement parce que cette forteresse est, elle aussi, très impressionnante avec à l’intérieur une très belle tour de la Victoire et aussi parce que ce site est en dehors du circuit touristique : nous n’avons quasiment rencontré que des indiens. Dans l’histoire, les forteresses se sont faites envahir, 3 fois pour Chittorgarh. La première fois à Chittorgarh, l’histoire raconte que le sultan de Delhi aurait vu dans le lac via un miroir la splendeur de la femme du Rajput qui régnait à Chittorgarh et aurait ainsi décidé de la capturer. Attaqués et sur le point d’être battus, les Rajputs, par tradition ne se laissent pas emprisonner, les hommes combattent jusqu’au dernier et leurs femmes, parées de leurs plus beaux atours, organisent un suicide collectif par le feu, appelé Jauhar.
Notre voyage se poursuit par la visite de Jaipur. C’est sûrement la ville que l’on aura le moins aimé, peut-être trop bruyante par aux villes visitées précédemment et il faisait très chaud. Cela m’aura d’ailleurs valu une insolation lors de la visite du palace d’Amber à une dizaine de kms de Jaipur. Bon, je suis un peu beaucoup fautif, je ne m’étais pas protégé malgré les avertissements de ma chère AS. Encore une fois, ce palace est superbe mais étant donné la quantité de touristes, mendiants et rabatteurs sont aussi fortement présents. A voir aussi, le palais des Vents qui dispose d’une belle façade, derrière les femmes du harem pouvaient observer la rue sans être vues. Pour nous reposer, nous n’avons pas multiplié les visites : outre, l’observatoire qui dispose d’étranges et immenses instruments astrologiques, nous avons préféré passer la demi-journée au frais et à écouter de la musique indienne dans le petit musée des turbans. Rencontre sympa avec un couple du Sud-ouest de la France à la recherche en Inde de leur prochain stock de vêtements pour les vendre sur le marché cet été en France. Verdict : des difficultés pour trouver leur bonheur, ils devaient repartir en Thaïlande où semble t’il la qualité est meilleure.
Puis, nos chemins se sont séparés : AS est partie visiter Agra et Fatephur Sikri et moi, je suis rentré à Delhi. Deux jours plus tard, nous repartons de Delhi pour Bénarès. Franchement, je m’attendais à une ville grouillante de monde, bruyante,…en fait, une fois sortie de la vieille ville, le calme régnant le long des berges du Gange, fleuve sacré mais aussi le plus pollué du monde, m’a étonné. Mais il est vrai que cette ville est déstabilisante. Tout d’abord, il y a les crémations, de nombreux hindous viennent mourir à Bénarès. Brûlés sur les bûchers, ils espèrent que Shiva les fera sortir du cercle des renaissances et accèderont ainsi au Nirvana. Désolé, je passe tout le rituel autour de la crémation, un peu trop long à raconter mais c’est en tout cas un moment très fort. Pour la petite histoire, j’ai réussi à me faire embobiner par notre guide improvisé sur place : après ces très intéressantes explications, en gros, il a réussi à me faire croire que certaines personnes n’avaient pas les moyens de se payer les quelques kilos de bois nécessaires à la crémation et que je pouvais donner de l’argent à une vieille dame qui s’occupe de l’hospice. Après avoir donné 100 Rs, on a appris que c’était une arnaque. Mais bon, Alex ou Charlotte se seront pas étonnées après ma fameuse histoire de livres achetés à Montparnasse il y a quelques années !!
Puis, le lendemain au petit matin, petit promenade en barque le long des ghâts pour regarder au lever de soleil ces milliers d’indiens qui viennent faire leurs ablutions dans le Gange. C’était ‘beau’, AS comprendra !! Ils doivent prononcer le mantra, s’immerger 3 fois de suite et enfin boire une gorgée d’eau du Gange. Lors de cette jolie promenade, nous croiserons un corps flottant picoré par des corbeaux. En effet, certains corps sont directement immergés dans le Gange comme les nouveaux-nés, malades de la variole, accidentés,…
Tous ces rites témoignent de l’importance des croyances religieuses dans ce pays. La spiritualité est vécue à Bénarès à l’extrême.
Notons aussi la rencontre sympathique de Julien, le premier voyageur rencontré depuis le départ qui m’est apparu avoir la tête sur les épaules. Etudiant en médecine en 5ème année, il a décidé de prendre 6 mois sabbatiques car une fois engagé dans l’Internat, il ne lui sera plus trop possible de prendre autant de temps pour voyager.
Nous avons aussi rencontré à Bénarès un photographe professionnel du New-York Times qui, après quelques recherches sur le net, s’est révélé être très connu puisqu’il a suivi pour ce journal la guerre en Irak et en Afghanistan. Cf. Liens internet ci-après. J’imagine que je ne dois pas être le seul à rêver de faire son métier…dans ma prochaine vie.
http://www.dailyfreepress.com/news/2003/11/07/News/Hicks.Shares.Iraq.Pics-552055.shtml
http://www.digitaljournalist.org/issue0305/th01.html
http://archives.theconnection.org/archive/2001/12/1206b.shtml
http://search.barnesandnoble.com/booksearch/isbnInquiry.asp?userid=k94pq7OB0a&isbn=1884167446&itm=6
Retour au bercail bien fatigué après 2 trains de nuit et quelques problèmes d’estomacs en ce qui me concerne et donc quelques kilos en moins !!!!!Il ne reste plus grand chose !! C'était aussi plaisant de rencontrer dans le train de retour un jeune indien, originaire d’un petit village à coté de Bénarès et qui partait visiter pour la première fois Delhi.
Départ d’Anne-Sylvaine après qu’elle m’ait invité dans un des meilleurs restos de Delhi, la Route des Epices à l’Hôtel Imperial: visiblement les épices ne nous ont pas réussi puisque j’étais malade le lendemain et elle avait des maux de ventre. Comme quoi, manger dans les petits restos indiens peut être aussi bon.
Hormis cette fin épicée, notre aventure aura été riche d’enseignements et s’est déroulée dans une entente parfaite. Un bonheur. Le petit Ganesh que m’a offert Anne-Sylvaine devait veiller sur nous !!
Les photos de notre aventure sont en ligne dans le bandeau de gauche.
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